Cryptomoney: no regrets… yet.

Cryptomoney: no regrets... yet.

A son corps défendant, Bill Bonner a acheté des cryptomonnaies il y a quelques années. Son investissement a grimpé en flèche depuis… mais il est toujours aussi sceptique quant à la validité de ces actifs.

A la Chronique, nous ne savons rien.

Cette ignorance, bien entendu, nous rend humble – d’une modestie sans bornes. Ce qui suit est le récit d’une instance où elle s’est rappelée à notre bon souvenir.

Commençons par le courrier d’un lecteur, James F. :

« Bill, si je me souviens bien, il y a quelques temps, quelques-uns de vos rejetons vantaient le bitcoin. Vous aviez des doutes sur leurs idées. Ils doivent jubiler en ce moment. Je n’ai jamais compris le bitcoin – pour moi, ça ressemble à de la poudre de perlimpinpin, mais j’aurais vraiment bien aimé en avoir acheté il y a quelques années. »

Eh bien… voilà ce qu’il s’est passé.

Nos garçons voulaient utiliser une partie du « capital familial » pour investir dans les cryptomonnaies.

Etaient-ils convaincus que les cryptos étaient la devise du futur ? Pas forcément. Les chances leur semblaient minces, même à eux.

Votre correspondant a tenté de les en dissuader. La somme d’argent était relativement limitée, toutefois… et nous pensions que nous pourrions tous apprendre quelque chose de leur petite expérience.

Cryptomoney has been around for a long time…

Cryptomoney has been around for a long time...

Nos lecteurs de longue date se rappellent peut-être que nous avions une belle longueur d’avance, en matière de cryptos.

En 2012, notre collègue Tom Dyson nous a offert une pièce.

« Qu’est-ce que c’est ? » avons-nous demandé.

« C’est une pièce crypto… un Casascius. »

Hmmm… Voilà qui était confondant. Nous avions entre les mains du métal sonnant et trébuchant. Il n’avait pas l’insoutenable légèreté de l’être censée caractériser les cryptos.

Nous avons accepté la pièce – qui valait à l’époque 7 $ environ – avec plaisir, et avons remercié Tom.

Depuis, nous l’avons égarée.

Ce qui est bien dommage, vu qu’elle vaut désormais quelque 55 000 $.

Bitcoin mining in Buenos Aires

Bitcoin mining in Buenos Aires

C’est à ce moment-là aussi qu’un autre de nos collègues – qui vivait à Buenos Aires à l’époque – a décidé de se lancer dans le minage.

Une fois, alors que nous travaillions tard, nous avons remarqué un bourdonnement… et un bruissement… venant d’une pièce de l’autre côté de l’étage de bureaux.

Ouvrant la porte, nous avons trouvé un amoncellement de câbles sur le sol, menant à un groupe d’ordinateurs… rafraîchis par deux ventilateurs en action.

« Oh », expliqua le lendemain notre collègue, un peu penaud, « je mine des bitcoins ».

Hmmm… A ce moment-là, nous nous étions renseigné sur les travaux de Satoshi Nakamoto – le fondateur présumé de Bitcoin, qui reste obstinément anonyme –, au moins en théorie. Mais nous restions très ignorant de la manière dont le bitcoin aurait pu être utilisé.

Failed attempt

Failed attempt

Une année plus tard environ, nous nous sommes retrouvé à Paris avec un collègue australien, Vern Gowdie. Nous ne savions pas grand’chose de Bitcoin, ni l’un ni l’autre, mais nous étions curieux.

Nous avions tous les deux suggéré à nos lecteurs d’acheter un bitcoin – qui valait alors 10 $ environ – ou deux, juste pour mieux comprendre le nouveau système monétaire.

Dans un but pédagogique – pour nous… et pour eux – nous avons décidé de nous filmer en train d’acheter des bitcoins. « Si nous pouvons le faire », a décrété Vern, « n’importe qui peut y arriver ».

Acheter des bitcoins n’était pas aussi simple à l’époque que maintenant, cela dit. Même avec l’aide de Claire, notre assistante, nous avons buté sur les instructions et abandonné.

Si seulement nous avions maîtrisé les détails techniques, nous aurions pu acheter quelques coins. Et pour le prix d’un dîner pour une personne – du canard à l’orange, par exemple – nous aurions pu payer les études de nos enfants !

Educational expenses

Educational expenses

La nouveauté et la complexité de la navigation dans le brouillard crypto nous ont mis des bâtons dans les roues – mais visiblement, cela n’a pas empêché le bitcoin de prospérer.

Et c’est ainsi… il y a trois ans environ… lorsque les garçons ont finalement réussi à nous forcer à entrer dans la fusée BTC… que son prix avait déjà grimpé de 25 000% environ.

Ils ont acheté du bitcoin alors qu’il était à 2 500 $ environ, pour autant que nous nous en souvenions… ainsi que quelques autres cryptos dont nous n’avions jamais entendu parler.

Nous avions passé cet investissement en pertes et profits, au titre de dépenses pédagogiques… en nous disant que l’argent partirait en fumée ou à peu près.

L’avenir, pensions-nous, était prévisible. Les garçons seraient humiliés. Leur vieux père leur dirait « je vous l’avais bien dit », sans remuer les lèvres. C’était sûr et certain, pensions-nous… encore un cas où l’âge et la traîtrise triompheraient de la jeunesse et du savoir-faire.

A dangerous lesson

Et nous voilà… avec le bitcoin à 55 000 $ – et un portefeuille crypto qui a été multiplié par plus de vingt.

Naturellement, le pater familias – quand bien même les événements lui ont donné tort depuis le décollage – est désormais certain que l’avion va s’écraser. Il a donc appelé le pilote.

« Est-ce qu’on ne devrait pas quitter la partie ? Vendre au moins la moitié. On pourrait acheter une belle ferme en Virginie avec cet argent. »

Une poule qui sort de nulle part devrait être prise et mise à cuire avant qu’elle ne s’enfuie, avons-nous argué.

« Tu plaisantes ? » nous a-t-on répondu en substance depuis le cockpit. « C’est dingue en ce moment. Notre crypto chinoise a doublé cette semaine. »

Nous apprenons tous ensemble. Jusqu’à présent, cependant, cela semble être une de ces leçons qu’il vaudrait mieux ne pas retenir du tout.

Comme apprendre à s’enivrer et piloter un avion en plein orage, c’est un savoir-faire que nous regretterons peut-être un jour.

Bill Bonner

Bill Bonner est le co-auteur de plusieurs best-sellers comme L’inéluctable faillite de l’économie américaine, L’empire des dettes et Hormegeddon.

Dans son dernier livre, Gagner ou Perdre, il explore l’avancée de nos sociétés modernes, leurs hauts et leurs bas – et révèle en chemin la règle unique qu’une société doit suivre si elle espère progresser… tout en montrant ce qui arrive à ceux qui ignorent cette règle.

En 1978, Bill a fondé Agora – désormais le plus grand réseau de recherche indépendante au monde. Il a lancé des entreprises partout dans le monde – dont les Publications Agora en France… emploie des milliers de personnes… a investi sur cinq continents… a acquis plus de deux douzaines d’entreprises… possède des centaines de milliers d’acres de terrain… parcourt plus de 150 000 km chaque année… et a lancé plus de 1 000 produits.

Ses notes quotidiennes, publiées notamment dans La Chronique Agora, sont lues par plus de 500 000 personnes dans le monde – dont près de 85 000 en France.

Bill s’est donné pour mission d’identifier les meilleures opportunités d’investissement – et de montrer où les investisseurs particuliers commettent les erreurs les plus coûteuses.

En deux mots, Bill offre un regard lucide sur le monde de l’économie et de l’investissement — un point de vue contrarien et sans concession, que vous ne retrouverez nulle part ailleurs.

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