Cryptomonnaies : la ruée vers le bitcoin attire l’œil des régulateurs

Cryptomonnaies : la ruée vers le bitcoin attire l'œil des régulateurs

Encore une facétie d’Elon Musk ? Il aura suffi, ce lundi 8 février, que le sulfureux patron de Tesla annonce que son entreprise avait investi à hauteur de 1,5 milliard de dollars dans le bitcoin pour que le cours de la cryptomonnaie s’envole : + 20% en 24 heures, dépassant les 45.000 dollars. L’entrepreneur n’en est pas à son premier coup d’essai : déjà, en janvier, il avait affolé la valeur de la devise en inscrivant simplement le mot #bitcoin dans sa biographie Twitter. Douze ans après la création de la plus populaire des cryptomonnaies, le bitcoin intrigue jusqu’aux régulateurs internationaux, qui entendent encadrer son usage.

Depuis leur création, après la crise financière, par une ou plusieurs personnes non identifiées, sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, le bitcoin et les autres cryptos monnaies ne cessent de battre des records. Cette ruée vers l’or numérique semble s’inscrire dans la durée, à mesure que de grandes banques et gestionnaires d’actifs s’y intéressent. Des sites de paiement en lignes comme Paypal ou Applepay ont rejoint le mouvement, et acceptent désormais le paiement en bitcoin. Pour les fans, c’est l’aube d’une révolution !

Du côté des détracteurs, les critiques s’accumulent : « Mère de toutes les bulles », « surestimées », « escroquerie ». Mais si les craintes quant à sa volatilité sont justifiées, cela n’empêche pas l’euphorie d’attirer toujours plus de nouveaux adeptes. En ces temps de pandémie, où la planche à billets fonctionne à plein régime chez les banques centrales, certains y voient des valeurs refuges. Pour d’autres c’est un pari sur le long terme ou bien de la spéculation pure et dure.  En pleine ascension, la capitalisation du marché des crypto monnaies dépasse les 1 450 milliards de dollars, dont 860 milliards pour le bitcoin, qui absorbe 70 % du marché. Selon une étude du cabinet de conseil, CH & Co il y aurait 100 millions de détenteurs de bitcoin dans le monde.

Ruée vers l’or des gros portefeuilles

Ruée vers l’or des gros portefeuilles

En Europe, leur nombre s’élèverait à 10 millions selon le dernier rapport publié en 2020 par Cambridge Centre Fort Alternative Finance. Parmi eux des particuliers, mais aussi de grands fonds d’investissement qui autrefois boudaient les crypto actifs pour leur volatilité extrême. C’est le britannique Ruffer Investement Management. Ce dernier a acheté l’équivalent de 550 millions de livres sterling en bitcoin à la mi décembre 2020.

De l’autre côté de l’Atlantique, signe d’un l’intérêt croissant Larry Fink, PDG de Black Rock qui traitait en 2017 le bitcoin d’ »indice du blanchiment d’argent » a changé de paradigme en déclarant en décembre 2020 qu’il « avait gagné l’attention de Wall Street » et détenait « le potentiel de devenir un actif du marché mondial ». Après des étincelles sur le cours du bitcoin, de grandes banques du pays à l’exemple de JP Morgan, le 5 janvier 2021 ont affiché un objectif sur son cours de 146 000 dollars à long terme, alors qu’il est actuellement à 40 000 dollars.

Mais à l’inverse des devises physiques telles que l’euro ou le dollar, le bitcoin et les autres cryptomonnaies sont immatérielles. Elles ne sont régies par aucune banque centrale ou gouvernement, mais par une vaste communauté d’internautes, ce qui rend leur cours d’autant plus vulnérable aux assauts des spéculateurs. Jeudi 4 février, le sulfureux Elon Musk a ainsi fait bondir, grâce à une série de tweets, le cours du « dogecoin », une monnaie qui se voulait à la base être un simple gag, et inutile. Inconnue du grand public, elle a gagné jusqu’à 60 % sur la seule journée de jeudi, avant de redescendre légèrement. « Entre le coup d’éclat des traders amateurs de Reddit dans l’affaire Gamestop, et le fait qu’une blague devienne un investissement reconnu par Elon Musk, cela symbolise l’émergence d’un camp qui essaye d’affronter la finance traditionnelle, avec ses propres règles » analyse Marc-Antoine Caen Poletti, Secrétaire Général du Club Français des Cryptomonnaies. Alexandre Stachtchenko est cofondateur et président de la start-up Blockchain partner, spécialiste du développement technique. Pour lui, on a là un des côtés négatifs des cryptomonnaies. « Le marché est encore trop petit, si bien que des individus seuls sont capables de le faire monter de chambouler le marché en quelques minutes » explique-t-il.

En janvier, UBS Wealth Management, l’un des plus grands gestionnaires d’actifs au monde, a ainsi alerté d’éventuels amateurs de cryptomonnaies, rappelant que le prix de chacune d’entre elles pouvait à tout moment « chuter à zéro ». Selon eux, les investisseurs doivent donc être prêts à tout perdre, car précisement le bitcoin n’est gagé sur aucune valeur physique : il repose principalement sur la confiance.

Réglementations et mises en garde

Réglementations et mises en garde

Au milieu de cette incertitude, les banques centrales ont commencé à montrer les muscles dans certains pays. C’est le cas au Nigéria. Avec la crise économique déclenchée par la chute des prix du pétrole en 2016, puis aggravée par la pandémie de coronavirus, de nombreux Nigérians ont vu dans le bitcoin une monnaie refuge. En octobre dernier, les cryptomonnaies avaient également été utilisées pour lever des fonds afin de soutenir le mouvement de contestation de la jeunesse contre les violences policières, appelé #Endsars. En réponse, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a demandé vendredi dernier 5 février, aux banques de fermer les comptes utilisant des cryptomonnaies, rappelant qu’elles ne sont pas autorisées dans le pays. Dans une note publiée sur son site internet, la CBN « rappelle aux institutions financières qu’utiliser des cryptomonnaies ou faciliter les paiements impliquant celles-ci est interdit » au Nigeria et leur demande « d’identifier les personnes ou entités utilisant des cryptomonnaies » afin « de fermer immédiatement leurs comptes ». 

Car le caractère décentralisé des cryptomonnaies, inventées dans une optique antisystème, pose problème aux régulateurs. « Les cryptomonnaies ont été créées comme une solution permettant d’éviter de passer par les biais traditionnels. Il y a souvent des signaux positifs lorsque l’économie réelle renvoie des signaux négatifs », explique Alexandre Stachtchenko. Des signaux positifs considérés avec prudence par les régulateurs. La BCE appelle notamment à l’adoption de règles internationales sur les cryptomonnaies, en commençant par les pays membres du G7. « Il doit y avoir une réglementation. Elle doit être appliquée et acceptée au niveau mondial. Car s’il y a une échappatoire, elle sera utilisée », justifie Christine Lagarde sur BFM TV dimanche dernier. Avant d’ajouter : »les cryptoactifs, ce n’est pas une monnaie. C’est un actif hautement spéculatif. » Une position qui montre clairement la méfiance de la BCE, qui perçoit ces monnaies comme des menaces pour la souveraineté monétaire du vieux continent. Un rapport de force s’instaure et des régulations pourraient bien venir pertuber la hausse frénétique du bitcoin.

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