Semi-conducteurs : les cryptomonnaies sont-elles responsables de la pénurie ?

Semi-conducteurs : les cryptomonnaies sont-elles responsables de la pénurie ?

Stellantis, Toyota, Samsung, Tesla, Whirlpool… Ces dernières semaines, on ne compte plus les grands groupes qui ont annoncé des retards dans la production de leurs véhicules, smartphones ou machines à laver. Chez Toyota, elle a même été réduite de près de 40% en septembre ! Les raisons de cette nouvelle pandémie ne sont pas liées au Covid-19, mais au manque de… composants électroniques. Alors que l’économie repart enfin, toutes les entreprises relancent leur production. Forcément, il y a embouteillage.  

Mais un autre phénomène, beaucoup plus inattendu, alimente aussi cette pénurie : l’excellente santé des cryptomonnaies. Pour fonctionner, le bitcoin et l’ether, les deux principaux jetons numériques, ont besoin de machines. Ces sortes d’ordinateurs bourrés de puces et de cartes graphiques sont achetés et utilisés par les « mineurs », ces entreprises et particuliers qui font fonctionner les protocoles et les sécurisent. En contrepartie de cette activité, ils sont rémunérés en bitcoin ou en ether. 

L’envolée du marché des cryptomonnaies

L'envolée du marché des cryptomonnaies

Or avec l’envolée du marché des cryptos, qui est passé de 350 milliards à plus de 2000 milliards de dollars en un an, les mineurs ont eu tout intérêt à acheter des machines. Beaucoup de machines. « Le prix des cryptomonnaies a augmenté bien plus vite que la puissance de calcul du réseau, donc c’était très rentable de miner », souligne Sébastien Gouspillou, patron de la société française de vente de matériel de minage Bigblock Datacenter. Les chiffres sont impressionnants. Selon plusieurs analystes, la part de l’industrie cryptographique dans la demande mondiale de composants électroniques a atteint des niveaux records en 2021. 

« Le prix des cryptomonnaies a augmenté bien plus vite que la puissance de calcul du réseau, donc c’était très rentable de miner. »

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D’après la banque Nomura, la demande des fabricants de machines de minage a pu représenter jusqu’à 10% de l’ensemble des ventes du géant taïwanais TSMC. Idem pour d’autres mastodontes du secteur comme l’américain Nvidia. « Plus il y a d’engouement sur les cryptodevises, plus la demande en semi-conducteurs est élevée », résume dans une note John Plassard, spécialiste en investissements pour la banque suisse Mirabaud. Et les fabricants de machines de minage, à l’instar du chinois Bitmain, ont les moyens de payer cher ces précieux composants. « C’est une industrie puissante capable de rivaliser avec d’autres grands groupes », souligne le Youtubeur Owen Simonin – alias « Hasheur » – qui dirige, entre autres, la start-up française Just Mining. 

Le phénomène sera-t-il durable ? C’est ce que craignent certains groupes industriels. Le patron de Mercedes vient d’annoncer que la pénurie de semi-conducteurs pourrait durer encore au moins douze mois. « L’augmentation des nouvelles capacités de production ne satisfera pas pleinement la demande avant 2023 », abonde John Plassard. Paradoxalement, une partie de la solution pourrait venir de l’univers des cryptomonnaies lui-même. 

La communauté de développeurs qui gère Ethereum, la blockchain de l’ether, doit mettre à jour le protocole dans les mois qui viennent et le faire passer sur un système moins gourmand en énergie. « Cela aurait un effet important et immédiat sur le nombre de machines nécessaires », souligne Simon Polrot, directeur des affaires européennes et internationales de l’Association pour le développement des actifs numériques. « Les protocoles sont en train de devenir beaucoup moins gourmands en énergie », insiste de son côté Owen Simonin. D’ici là, la bataille pour les composants ne devrait pas faiblir. Surtout si le prix des cryptomonnaies continue de s’enflammer. 

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