Tesla, Blackrock, Paypal engage in crypto: the Bitcoin threat

Tesla, Blackrock, Paypal engage in crypto: the Bitcoin threat

La star des cryptomonnaies a franchi la valeur record de 50.000 dollars. Porté par un engouement sans précédent, le bitcoin gagne en crédibilité et se pose en concurrent des monnaies traditionnelles. Remplacera-t-il un jour l’euro dans votre porte-monnaie?

Le constructeur automobile Tesla vient d’investir 1,5 milliard de dollars dans le bitcoin. Cette somme représente environ 8% de la trésorerie de l’entreprise. Avec cette annonce choc, l’entrepreneur Elon Musk n’a pas manqué son coup. Le cours du bitcoin, qui est sur une courbe ascendante depuis plusieurs mois, s’est envolé de 20% dans les 48 heures suivantes. Poursuivant sur sa lancée, la star des cryptomonnaies a même récemment franchi la valeur record de 50.000 dollars! …

Le constructeur automobile Tesla vient d’investir 1,5 milliard de dollars dans le bitcoin. Cette somme représente environ 8% de la trésorerie de l’entreprise. Avec cette annonce choc, l’entrepreneur Elon Musk n’a pas manqué son coup. Le cours du bitcoin, qui est sur une courbe ascendante depuis plusieurs mois, s’est envolé de 20% dans les 48 heures suivantes. Poursuivant sur sa lancée, la star des cryptomonnaies a même récemment franchi la valeur record de 50.000 dollars! Cette folle progression s’inscrit dans une série d’événements enthousiasmants pour les adeptes de cette fascinante devise virtuelle. En octobre dernier, Square, la société de paiement créée et dirigée par le patron de Twitter Jack Dorsey, investissait 50 millions de dollars dans le bitcoin. La société MicroStrategy, spécialisée dans les logiciels d’analyse de données, a également placé des sommes importantes dans le bitcoin, en plusieurs fois, dans le courant de l’année 2020 et en 2021. En décembre dernier, son patron Michael Saylor annonçait que son entreprise détenait 40.000 bitcoins, ce qui représente plus de 2 milliards de dollars (cours arrêté au 19 février). Le mois dernier, c’est le célèbre fonds d’investissement BlackRock qui créait la surprise. Le numéro un mondial de la gestion d’actifs, qui pèse plus de 8.000 milliards de dollars, s’invite sur le marché non régulé des cryptomonnaies. Dans un document transmis à la SEC (l’autorité américaine des marchés) le 20 janvier dernier, BlackRock affirme son intention d’inclure certains produits dérivés du bitcoin dans la liste des actifs que le fonds pourrait prendre en portefeuille. Peu de temps après, la banque BNY Mellon embrayait. Début février, elle annonçait la création d’une nouvelle division consacrée aux cryptomonnaies. L’institution new-yorkaise, qui est aussi la plus ancienne banque des Etats-Unis, va permettre à ses clients d’investir dans les crypto-actifs. PayPal a également affolé la planète crypto en octobre dernier. L’entreprise américaine, qui a développé une solution de paiement au succès mondial, a dévoilé son intention d’accepter les transactions en bitcoin sur sa plateforme. Ce choix stratégique pourrait avoir un impact significatif sur les paiements en ligne. L’application PayPal compte 377 millions d’utilisateurs dans le monde. D’après une étude interne dévoilée par son CEO Dan Schulman, plus de la moitié de ses utilisateurs souhaitent avoir la possibilité de payer en cryptomonnaies. Prochainement, 28 millions de commerçants utilisant PayPal auront la possibilité d’accepter les paiements en bitcoin. Dans le domaine du paiement toujours, le géant Mastercard vient lui aussi de se positionner en faveur des crypto-transactions. Dès cette année, l’entreprise acceptera sur son réseau les transactions en cryptomonnaies. Certains veulent même aller un cran plus loin dans l’adoption du bitcoin par les consommateurs. Jack Dorsey, encore lui, met la main à la poche pour financer un nouveau plan de développement du bitcoin. Avec le rappeur milliardaire Jay-Z, mari de la chanteuse Beyoncé, il vient d’investir 500 bitcoins (21 millions d’euros au cours du 19 février) dans ce projet. Les deux associés ont créé pour l’occasion une nouvelle entité, baptisée Btrust, dont la mission affichée est simple: « Faire du bitcoin la monnaie d’internet. » Ce projet ambitieux, concurrent des monnaies traditionnelles étatiques comme l’euro ou le dollar, épouse la philosophie originelle du bitcoin. Cette devise virtuelle, née en 2008, a été créée par un certain Satochi Nakamoto, personnage évanescent qui n’a jamais été identifié. Le bitcoin est apparu au lendemain de la crise financière, en réaction aux excès des banques. Cette cryptomonnaie propose un nouveau moyen de paiement qui s’affranchit du système financier traditionnel. Le bitcoin s’échange de pair-à-pair, entre particuliers. Les paiements se font de manière électronique et reposent sur la technologie de la blockchain, un registre en ligne réputé infalsifiable qui répertorie toutes les transactions en bitcoin. Ces transactions se font en dehors du réseau bancaire classique. Les banques, les Etats, les banques centrales, les régulateurs financiers sont mis hors-jeu. Anti-système et imprégné de contre-culture, le bitcoin poursuit une sorte d’utopie monétaire. L’idée est de créer une nouvelle devise planétaire. C’est la monnaie du nouveau monde numérique. Dès ses origines, le bitcoin est particulièrement soutenu par le mouvement des « cypherpunks », qui regroupe des geeks et des hackeurs, fervents défenseurs de la vie privée et de l’anonymat sur internet. La communauté libertarienne, attachée aux libertés individuelles et allergique aux pouvoirs de l’Etat, est également fortement représentée parmi les principaux soutiens du bitcoin. Ce n’est dès lors pas étonnant que l’on retrouve aujourd’hui aux premières loges des personnalités comme Jack Dorsey (Twitter) ou Elon Musk (Tesla) qui ont pu montrer à plusieurs occasions une certaine proximité avec les thèses libertariennes. Ces poids lourds de la techno-économie participent au mouvement de crédibilisation du bitcoin. L’intérêt nouveau pour la cryptomonnaie émanant d’acteurs plus traditionnels comme BlackRock, la banque de New York ou Mastercard ne font que renforcer cette tendance. Le bitcoin progresse en valeur, explosant les records les uns après les autres. Mais il progresse aussi dans ses usages. Là encore, c’est le très influent Elon Musk qui a fait une annonce au poids symbolique important. Non seulement son entreprise investit des sommes importantes dans le bitcoin. Mais en plus, demain, ses clients pourront acheter leur Tesla en bitcoin. C’est un pas de plus vers une forme d’acceptation en tant que monnaie. Et c’est loin d’être anodin. Pour l’économiste Bruno Colmant, nous sommes à l’aube d’un choc monétaire sans précédent. Un choc des titans entre la cryptomonnaie et la monnaie traditionnelle. « La monnaie est essentiellement créée par le multiplicateur du crédit: un crédit octroyé par une banque exige un dépôt pour son financement, qui lui-même provient d’un crédit, rappelle le CEO de la banque Degroof Petercam. La monnaie est donc un flux. Mais c’est aussi un stock, ‘imprimé’ par les banques centrales. Aujourd’hui, les banques centrales reprennent le contrôle du stock monétaire, elles l’amplifient et elles imposent des taux d’intérêt négatifs. Les Etats renationalisent donc la monnaie plutôt que de laisser le flux bancaire épouser la conjoncture. Mais une dissidence a émergé: les cryptomonnaies. Celles-ci constituent aussi un stock de monnaie, comme celui des banques centrales qu’elles défient. Ce sera un combat de la monnaie publique contre la monnaie privée. » « Les Etats observent avec méfiance l’arrivée de cette monnaie privée dissidente. Ils ne lui faciliteront pas la tâche. Ils la toléreront peut-être mais jamais ils n’accepteront de donner cours légal au bitcoin », poursuit l’économiste. Donner cours légal au bitcoin signifierait qu’un commerçant ou un créancier ne pourrait pas refuser qu’un client ou un débiteur le paye en cryptomonnaie. Inimaginable pour les Etats, qui n’accepteront jamais une telle concurrence. Selon Bruno Colmant, ce choc monétaire finira probablement par voir émerger les monnaies étatiques, seules capables d’offrir la garantie d’une large acceptation par les acteurs économiques. Un autre phénomène en cours pourrait cependant jouer en faveur du bitcoin: la baisse de confiance dans les institutions publiques. Si celle-ci s’érode significativement, la monnaie numérique dissidente pourrait finir par dessiner une alternative crédible. A l’heure où la méfiance envers les dirigeants n’a jamais été aussi grande, à l’heure où les contre-pouvoirs s’organisent sur les grandes plateformes numériques, ce scénario prend de l’épaisseur. « L’avènement du bitcoin, c’est aussi l’aboutissement de ce nouveau monde de réseau dans lequel nous vivons », souligne Bruno Colmant. Ce monde de réseau, c’est celui qui a produit l’incroyable affaire GameStop. Il y a quelques semaines, des boursicoteurs en ligne actifs sur le forum de discussion Reddit ont défié des fonds d’investissement bien établis qui pratiquaient la vente à découvert. En achetant massivement des actions de la chaîne de magasins de jeux vidéo GameStop, ils ont fait exploser son cours. Résultat: des milliards d’euros de pertes pour les fonds qui pariaient sur la chute de GameStop. Et une victoire pour ce « monde de réseau » où des communautés informelles peuvent tout bousculer sur leur passage. Le poids des réseaux et les nouveaux usages qui se développent autour du bitcoin permettront-ils d’imposer la cryptomonnaie dans nos transactions de la vie quotidienne? Pour l’économiste Philippe Ledent (ING), on n’y est pas encore. « Les annonces de Tesla ou de PayPal assoient la crédibilité du bitcoin. Elles attirent l’attention. Mais elles ne permettent pas de résoudre le paradoxe fondamental dont souffre le bitcoin: sa crédibilité repose sur sa rareté, qui est aussi son principal désavantage car cette rareté pousse les consommateurs à le garder plutôt qu’à l’utiliser », avance Philippe Ledent. Rare, le bitcoin le sera en effet toujours, pour une raison technique simple: son code informatique limite sa création à un maximum de 21 millions d’unités. 18,6 millions de bitcoins sont déjà en circulation, mais le processus d' »impression » (le minage) étant de plus en plus complexe, le cap des 21 millions ne sera atteint qu’en 2140. Cette rareté de la monnaie en circulation est certes souvent mise en avant par les promoteurs du bitcoin pour expliquer son succès et l’évolution exponentielle de son cours (voir le graphique ci-dessous intitulé « Le bitcoin explose tous les records »). Mais comme elle pousse ses utilisateurs à thésauriser le bitcoin, elle la rend par essence déflationniste, continue l’économiste. Contrairement à une monnaie inflationniste, que l’on cherche à utiliser en faisant des achats, une monnaie déflationniste reste stockée sur un compte en banque ou un portefeuille crypto, dans l’espoir que sa valeur continue à augmenter. Mais elle perd du coup de son intérêt comme monnaie d’échange, pointe Philippe Ledent, qui enfonce le bitcoin: « Ce qui est rare et utile est cher. C’est l’exemple du diamant. Ce qui est rare et inutile… doit trouver une autre application », tacle l’économiste.Cette autre application, certains pensent l’avoir déjà trouvée. « Le bitcoin a une fonction de réserve de valeur, avance Marc Toledo, « managing director »de Bit4You, première plateforme belge d’échange de crypto-actifs. C’est comme de l’or: on ne va pas gratter un lingot pour s’acheter une pâtisserie, mais on va le conserver parce qu’il représente une certaine valeur. » Pour Marc Toledo, l’engouement d’acteurs économiques comme Tesla et de fonds d’investissement comme BlackRock montre que les cryptomonnaies représentent une nouvelle classe d’actifs reconnue. « Les institutionnels y voient une réserve de valeur, les particuliers un placement qui peut leur faire gagner de l’argent. Ce sont les fonctions primaires du bitcoin. La fonction monétaire existe, mais elle est secondaire », précise-t-il. « Le bitcoin est un actif spéculatif. Mais il a été conçu dès le départ comme une monnaie. C’est un projet de monnaie digitale », rappelle Odile Lakomski- Laguerre, maître de conférence en sciences économiques à l’Université de Picardie. Pour cette spécialiste de la monnaie, le bitcoin est aujourd’hui dans la troisième phase de son évolution, une phase de crédibilisation. En 2008, première phase: la cryptomonnaie apparaît dans le cercle fermé des geeks, des crypto-anarchistes et des défenseurs de l’anonymat sur internet. En 2012-2013, le bitcoin entame la deuxième étape de sa courte existence avec la crise bancaire chypriote au cours de laquelle les comptes en banque sont lourdement taxés au-delà de 100.000 euros: « C’est la première ruée vers le bitcoin en tant que valeur refuge et instrument de liberté », souligne Odile Lakomski-Laguerre. Après cette crise, le bitcoin voit sa valeur grimper, l’engouement pour la technologie de la blockchain gagner en popularité et les médias s’y intéresser. Il est aujourd’hui dans la troisième phase de son évolution: « Un effet de mode s’est emparé du bitcoin. Mais on constate aussi que dans un monde où les taux d’intérêt sont bas, la croissance faible et les liquidités abondantes, les investisseurs voient des perspectives de rendement dans le bitcoin. Le fait que le monde de la finance (la Bourse de Chicago, BlackRock, etc.) et des acteurs de la Silicon Valley (PayPal, Tesla, etc.) s’y intéressent, montre que les cryptomonnaies gagnent en crédibilité. Deux tendances se renforcent: le développement du bitcoin comme instrument spéculatif et sa capacité à devenir la monnaie digitale du futur. » Le chemin est cependant encore long pour le bitcoin, estime l’experte. « Le volume de transactions et le nombre d’utilisateurs est encore marginal par rapport aux monnaies traditionnelles. Ce n’est pas encore une menace concrète », tranche Odile Lakomski-Laguerre. Le bitcoin ferait moins peur aux Etats que le diem (ex-libra), le projet de cryptomonnaie initié par Facebook. « Vu la force de frappe des applications de Facebook, qui sont utilisées par des milliards de personnes, il s’agit là d’un projet qui menace directement la souveraineté des Etats », asssure la spécialiste. C’est pourquoi il a été largement amendé et revu à la baisse, à la demande de ces Etats et des banques centrales. Le diem sera une cryptomonnaie stable, indexée sur le prix de monnaies traditionnelles comme le dollar, ce qui inhibera son impact sur le marché des changes. Monnaie détenue et gérée par ses utilisateurs, décorrélée des monnaies classiques comme l’euro ou le dollar, le bitcoin est lui aussi scruté avec attention par les Etats et les banques centrales, qui ont du mal à se positionner. Le bitcoin a longtemps été traité avec perplexité, voire une certaine condescendance. La plupart des Etats ont refusé de s’y attaquer frontalement, considérant que les cryptomonnaies opéraient hors du champ de la régulation financière. En Belgique, la FSMA (gendarme du secteur financier) se contente d’avertir les consommateurs sur les risques liés à ce type de placement. Mais les choses sont en train d’évoluer. Une directive européenne, récemment transposée en droit belge, soumet les plateformes d’échange de cryptomonnaies à une obligation d’enregistrement auprès des autorités de contrôle. L’Europe prépare également une nouvelle réglementation, le digital finance package, qui contiendra un volet sur les cryptomonnaies: « L’idée générale est de soumettre les plateformes d’échange de cryptomonnaies aux mêmes types de règles que la finance traditionnelle, détaille Laura Chaput, responsable juridique pour la start-up Keyrock, active dans secteur crypto. Par ailleurs, les banques pourront elles aussi s’insérer dans le système et proposer ce type d’actifs. Le cadre vise à assurer la sécurité juridique et protéger les consommateurs. » Certains Etats envisagent de serrer un peu plus la vis. En Inde, un projet de réglementation interdisant purement et simplement les cryptomonnaies privées est à l’étude au Parlement. Les Etats et les banques centrales doivent-ils se méfier du bitcoin? « Le défi civilisationnel de Bitcoin est de disrupter le business model des banques centrales, qui est de faire du profit grâce à leur monopole sur la monnaie. Or, tous les monopoles finissent par être attaqués par des business qui rendent de meilleurs services aux clients », avance Yorick de Mombynes, conseiller référendaire à la Cour des comptes en France. Pour ce spécialiste, le bitcoin présente une série d’avantages concurrentiels par rapport aux monnaies traditionnelles: c’est un actif dénationalisé, décentralisé et non soumis à l’arbitraire de la politique monétaire. « Au fur et à mesure que la confiance dans le bitcoin progresse, les monnaies étatiques perdent du terrain », conclut le conseiller. En réaction, plusieurs banques centrales planchent aujourd’hui sur la création de leurs propres monnaies numériques. Un euro digital est ainsi en gestation du côté de la Banque centrale européenne. Le choc des titans entre monnaie publique et monnaie privée est loin d’être terminé.

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